Quand un mauvais câble coaxial fait déraper le budget de validation
Scénario représentatif présenté à titre pédagogique — il illustre une confusion courante entre RG58 et RG59 et ne décrit pas un incident client réel.
Considérons un intégrateur de systèmes de communication qui reçoit des faisceaux coaxiaux pour stations relais déportées. Le cahier des charges spécifie du RG58 pour les liaisons entre l’unité de traitement et l’antenne VHF, mais un fournisseur livre du RG59 — références proches sur le bon de commande, stock disponible, impédance réelle non vérifiée. Résultat possible : 50 ohms attendus, 75 ohms livrés, un ROS dépassant 3:1 sur la bande 150-174 MHz et des émetteurs passant en protection à puissance réduite. La reprise peut alors atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros entre remplacement des câbles, nouvel essai en chambre anéchoïde et retard de livraison de plusieurs semaines.
« Le premier filtre est non négociable : RG58 en 50 ohms, RG59 en 75 ohms. Si vous mélangez impédance câble et équipement, une désadaptation de quelques ohms suffit à dégrader le ROS et à faire perdre plusieurs dB sur une ligne RF pourtant mécaniquement parfaite. »
C’est le genre d’erreur qui ne devrait jamais arriver. Mais elle arrive, régulièrement, parce que RG58 et RG59 se ressemblent physiquement, partagent le même diamètre extérieur approximatif, et sont souvent regroupés dans la même catégorie « câble coaxial fin » chez les distributeurs. La différence d’impédance — 50 Ω face à 75 Ω — semble anodine sur papier tant qu’on ne comprend pas ses conséquences sur le transfert d’énergie RF.
Cet article ne se contente pas de lister les specs. Nous allons décortiquer pourquoi ces deux câbles existent, ce qui se passe réellement quand on les intervertit, et comment choisir entre eux — ou au contraire, pourquoi aucun des deux n’est le bon choix pour votre application.
Anatomie d’un câble coaxial : le rôle déterminant du diélectrique
Un câble coaxial est constitué de quatre éléments concentriques : un conducteur central, un diélectrique, un blindage et une gaine extérieure. Ce qui différencie RG58 de RG59 n’est pas le principe — c’est la géométrie interne, et spécifiquement le rapport entre le diamètre du conducteur central et le diamètre intérieur du blindage, à travers le diélectrique.
L’impédance caractéristique d’un câble coaxial dépend de trois paramètres : le diamètre du conducteur intérieur (d), le diamètre intérieur du blindage (D), et la constante diélectrique du matériau isolant (εr). La formule est Z = (138 / √εr) × log(D/d). En pratique, pour obtenir 50 Ω avec un diélectrique polyéthylène plein (εr ≈ 2,25), il faut un rapport D/d d’environ 3,6. Pour 75 Ω avec le même diélectrique, le rapport monte à environ 6,7.
Concrètement, cela signifie que le RG59 a un conducteur central plus fin et un diélectrique plus épais que le RG58 pour le même diamètre extérieur. C’est cette géométrie différente qui produit l’impédance différente — et par la même occasion, des caractéristiques d’atténuation, de capacité linéique et de puissance admissible complètement différentes.
Le diélectrique lui-même mérite attention. Le polyéthylène plein (solid PE) est le standard pour les câbles RG militaires d’origine. Mais on trouve aussi des variantes avec diélectrique expansé (foam PE) qui réduisent l’atténuation en abaissant la constante diélectrique effective — au prix d’une résistance mécanique moindre et d’une plus grande sensibilité à la pénétration d’humidité. Quand on spécifie un câble, la mention « RG58 » ne suffit pas : il faut préciser le type de diélectrique, car un RG58 foam PE et un RG58 solid PE n’ont pas les mêmes performances RF ni la même durabilité en environnement humide.
RG58 ou RG59 : comparaison technique détaillée
Voici une comparaison directe des versions standard (diélectrique polyéthylène plein, blindage par tresse simple, gaine PVC).
| Paramètre | RG58 (50 Ω) | RG59 (75 Ω) | Impact pratique |
|---|---|---|---|
| Conducteur central | 19 × 0,18 mm (≈ 0,9 mm Ø, ~20 AWG) | 1 × 0,64 mm (≈ 22 AWG) | RG58 accepte plus de courant RF; RG59 plus fragile au sertissage |
| Diélectrique | PE solide, Ø 2,95 mm | PE solide, Ø 3,66 mm | Épaisseur plus grande sur RG59 → meilleure isolation, plus de pertes à haute fréquence |
| Blindage | Tresse cuivre étamée, ≥ 95% couverture | Tresse cuivre étamée, ≥ 95% couverture | Identique en théorie; la couverture réelle varie par fournisseur |
| Diamètre extérieur | 4,95 mm | 6,15 mm | RG59 ne passe pas dans les mêmes presse-étoupes que RG58 |
| Capacité linéique | ~101 pF/m | ~67 pF/m | RG59 charge moins le circuit pilote; meilleur pour signaux vidéo longue distance |
| Atténuation à 100 MHz | ~19 dB/100 m | ~12 dB/100 m | RG59 perd 37% de moins à 100 MHz — mais ce n’est pas le critère principal de choix |
| Atténuation à 400 MHz | ~38 dB/100 m | ~22 dB/100 m | L’écart s’accentue avec la fréquence |
| Atténuation à 1 GHz | ~70 dB/100 m | ~42 dB/100 m | RG59 largement supérieur en atténuation haute fréquence |
| Puissance admissible à 100 MHz | ~130 W | ~80 W | RG58 préféré pour émission radio |
| Tension nominale | 1900 V RMS | 2300 V RMS | RG59 tolère mieux les surtensions |
| Rayon de courbure min. | 10 × Ø ext. (≈ 50 mm) | 10 × Ø ext. (≈ 62 mm) | RG58 plus facile à acheminer en espace contraint |
| Poids | ~38 kg/km | ~52 kg/km | RG58 plus léger pour faisceaux aéroportés |
La lecture de ce tableau appelle un commentaire essentiel : le RG59 présente une atténuation plus faible à toutes les fréquences, ce qui pourrait faire croire qu’il est « meilleur ». Mais l’atténuation n’est qu’un paramètre parmi d’autres. Le critère déterminant est l’impédance du système. Si votre émetteur, votre antenne et vos connecteurs sont conçus pour 50 Ω, utiliser un câble 75 Ω — même avec moins de pertes — créera une désadaptation qui annulera cet avantage et dégradera le transfert d’énergie.
Pourquoi les impédances 50 Ω et 75 Ω coexistent
L’impédance 50 Ω est le compromis optimal entre capacité de transport de puissance et atténuation minimale pour un câble coaxial à diélectrique air. C’est pourquoi elle est devenue le standard pour les systèmes radio, les émetteurs-récepteurs, les équipements de test RF et les réseaux LAN (Ethernet coaxial d’origine, Wi-Fi, etc.). Quand on veut transférer de la puissance RF d’un point A à un point B — antenne vers émetteur, amplificateur vers charge — le 50 Ω maximise le rapport puissance transmise / atténuation.
L’impédance 75 Ω, elle, minimise l’atténuation pour un câble coaxial à diélectrique air. C’est le standard historique de la télévision, de la vidéo (composite, composante, SDI), des réseaux CATV et des installations satellite. Dans ces applications, le signal est unidirectionnel et de faible puissance : ce qu’on cherche, c’est préserver la qualité du signal sur de longues distances, et non transmettre de la puissance.
Le problème survient quand un ingénieur raisonne uniquement en termes d’atténuation. Oui, le RG59 atténue moins. Mais si votre système est en 50 Ω, brancher du 75 Ω crée une réflexion à chaque extrémité du câble. Le coefficient de réflexion Γ = (ZL - Z0) / (ZL + Z0) = (75 - 50) / (75 + 50) = 0,2. Le ROS = (1 + |Γ|) / (1 - |Γ|) = 1,5. Cela signifie que 4% de la puissance est réfléchie à chaque interface — et dans un système avec connecteurs, l’effet cumulé peut être pire. Pour un émetteur radio, un ROS de 1,5 est acceptable mais pas optimal. Pour un système radar ou un amplificateur de puissance, c’est rédhibitoire.
Applications concrètes : quel câble choisir et quand
RG58 — les applications auxquelles il convient
Le RG58 est le câble de référence pour tout système RF fonctionnant en 50 Ω avec des puissances modérées et des distances courtes à moyennes (généralement < 30 m). On le retrouve dans :
- Liaisons radio VHF/UHF : talkies-walkies, stations de base mobiles, relais radio. Typiquement 30-470 MHz, puissances de 5 à 50 W.
- Systèmes de test et mesure : analyseurs de réseau, oscilloscopes avec entrées RF, générateurs de signaux. Presque tous les équipements de laboratoire RF ont des entrées/sorties 50 Ω BNC ou N.
- Réseaux Wi-Fi et antennes déportées : les points d’accès extérieurs utilisent du câble 50 Ω, souvent en version à faibles pertes (LMR-195 ou RG58 avec diélectrique foam).
- Instrumentation industrielle : capteurs RF, boucles de détection, systèmes de communication en environnement industriel bruité.
Dans notre usine, on produit régulièrement des faisceaux RG58 pour des intégrateurs de systèmes de communication critiques. La demande la plus fréquente concerne des câbles sur mesure avec connecteurs BNC ou SMA sertis en usine, testés en continuité et en résistance d'isolement. Le point de vigilance qu'on rencontre le plus souvent : les ingénieurs sous-estiment l'atténuation du RG58 au-delà de 400 MHz. Pour un câble de 15 m’à 1 GHz, on perd déjà 10,5 dB — soit plus de 90% de la puissance signal. Si votre application dépasse 500 MHz sur des longueurs > 10 m, le RG58 n’est probablement pas le bon choix, même en 50 Ω.
RG59 — les applications auxquelles il convient
Le RG59 est le câble de référence pour les signaux vidéo et les systèmes 75 Ω :
- Vidéo composite et composante : CCTV, systèmes de surveillance, moniteurs de télédiffusion. Le signal vidéo composite (1 Vpp sur 75 Ω) est conçu pour cette impédance.
- Réseaux CATV et satellite : distribution de signaux TV par câble, LNB satellite. Les fréquences sont typiquement 5 MHz à 2 GHz, mais les niveaux de puissance sont faibles.
- Liaisons SDI (Serial Digital Interface) : SD-SDI, HD-SDI, 3G-SDI fonctionnent en 75 Ω sur câble coaxial. Le RG59 est le minimum pour SD-SDI (270 Mbps); pour HD-SDI (1,485 Gbps), on préfère un câble de meilleure qualité comme le RG6.
- Systèmes audio professionnel : certaines installations audio numériques (AES/EBU sur coaxial) utilisent du 75 Ω.
Et si aucun de ces deux câbles ne convenait ?
Voici la question que personne ne pose assez tôt. Le RG58 et le RG59 sont des désignations militaires issues de la spécification MIL-C-17 (aujourd’hui remplacée par la norme SAE AS22759 pour les variantes modernes). Elles datent des années 1940-1950. Aujourd’hui, pour beaucoup d’applications, il existe de meilleures alternatives :
- Pour les liaisons RF 50 Ω longue distance : les câbles de type LMR-195 (équivalent RG58 amélioré) ou LMR-400 pour les longueurs > 15 m réduisent l’atténuation de 30 à 50% grâce au diélectrique foam PE et à un blindage plus performant.
- Pour la vidéo HD : le RG6 (75 Ω, diamètre plus grand, atténuation plus faible) est supérieur au RG59 pour les fréquences > 500 MHz.
- Pour les environnements sévères : des variantes avec gaine LSZH (Low Smoke Zero Halogen), diélectrique PTFE ou blindage double tresse + feuille existent pour les applications militaires, aérospatiales ou médicales.
Les variantes qui changent tout : RG58/U, RG58 C/U, RG59/U…
La désignation « RG » suivie de lettres et de suffixes n’est pas décorative. Chaque variante correspond à une construction spécifique, et les performances varient significativement.
| Désignation | Impédance | Conducteur central | Diélectrique | Blindage | Gaine | Remarque |
|---|---|---|---|---|---|---|
| RG58 /U | 50 Ω | 19 brins cuivre étamé | PE solide | Tresse simple | PVC | Version standard, la plus courante |
| RG58 C/U | 50 Ω | 19 brins cuivre étamé | PE solide | Tresse simple + feuille | PVC | Blindage amélioré, meilleure protection CEM |
| RG58 A/U | 50 Ω | 19 brins cuivre étamé | PE solide | Tresse simple | PVC | Version militaire originale, tolérances serrées |
| RG59 /U | 75 Ω | 1 brin cuivre étamé | PE solide | Tresse simple | PVC | Version standard vidéo |
| RG59 B/U | 75 Ω | 1 brin cuivre nu | PE solide | Tresse simple | PVC | Conducteur nu, moins bon contact au sertissage |
| RG59 A/U | 75 Ω | 1 brin cuivre étamé | PE solide | Tresse simple | PVC | Version militaire, spécification MIL-C-17 |
La distinction entre conducteur massif (solid) et multibrin (stranded) est cruciale pour l’assemblage. Un RG58 à conducteur multibrin se serte facilement avec des contacts BNC ou SMA appropriés. Un RG59 à conducteur massif exige un outil de sertissage spécifique et un calibrage différent — et si nous utilisons le mauvais outil, on écrase le conducteur sans faire contact correctement. Un réglage RG58 utilisé sur du RG59 peut produire des lots entiers de connecteurs BNC mal sertis. Le essai de traction peut alors révéler une force d’arrachement de 2-3 N au lieu des 15 N minimum requis par la norme IPC/WHMA-A-620 Class 2.
Connecteurs : BNC, SMA, N — pourquoi l’impédance du connecteur compte autant que celle du câble
Un point souvent négligé : le connecteur doit avoir la même impédance que le câble. Un connecteur BNC 50 Ω monté sur du RG59 (75 Ω) crée une discontinuité d’impédance localisée. La désadaptation est courte (quelques mm à quelques cm), donc à basse fréquence l’effet est négligeable. Mais à 1 GHz et au-delà, cette discontinuité produit des réflexions parasites qui dégradent le diagramme de rayonnement de l’antenne ou génèrent des échos dans le signal vidéo.
Les connecteurs BNC existent en versions 50 Ω et 75 Ω. Physiquement, elles se ressemblent, mais le diélectrique interne est différent (téflon pour 50 Ω, delrin ou nylon pour 75 Ω). On peut les brancher l’un dans l’autre — c’est là le problème — mais la désadaptation est immédiate. La règle simple : câble 50 Ω → connecteur 50 Ω, câble 75 Ω → connecteur 75 Ω. Toujours. Sans exception.
Pour les connecteurs SMA, le problème est moindre car le SMA standard est 50 Ω. Si vous devez monter un SMA sur du RG59, vous avez un problème de conception — pas un problème de connecteur. Les connecteurs N’existent aussi en 50 Ω et 75 Ω, et là encore, la confusion est fréquente.
« À 100 MHz sur 100 m, un RG58 classique dépasse souvent 10 dB d’atténuation alors qu’un RG59 correct reste plutôt autour de 6 à 7 dB. Ce n’est pas un détail théorique : sur une vidéo analogique ou une instrumentation longue distance, c’est la différence entre un signal exploitable et un diagnostic impossible. »
Mesure et vérification : contrôler la conformité du câble
Dans un contexte de production, la vérification d’un câble coaxial ne se limite pas au test de continuité. Voici les tests que nous appliquons systématiquement sur les faisceaux coaxiaux, conformément aux exigences IPC/WHMA-A-620 et aux spécifications clients :
1. Continuité du conducteur central et du blindage — test ohmmétrique, résistance < 1 Ω pour les longueurs < 5 m. 2. Résistance d'isolement — entre conducteur central et blindage, typiquement > 1 GΩ pour du PE solide sec. Une valeur < 100 MΩ indique une contamination du diélectrique ou une humidité résiduelle. 3. Tension de tenue diélectrique — application d’une tension continue (typiquement 1500 V pour RG58, 2000 V pour RG59) pendant 1 minute. Tout claquage signifie un défaut de diélectrique. 4. Atténuation d'insertion — mesure au VNA (Vector Network Analyzer) à la fréquence d’utilisation. On vérifie que l’atténuation réelle est conforme à la spécification du câble ± 2 dB. 5. ROS / affaiblissement de réflexion — mesure au VNA sur la bande de fréquence d'utilisation. Un ROS > 1,5:1 sur un câble simple (sans connecteur défectueux) indique une erreur d’impédance — probablement le mauvais câble.
Le test n°5 est celui qui détecte l’erreur RG58/RG59 du scénario initial. Un simple balayage VNA de 30 MHz à 500 MHz peut montrer un ROS plat à 1,5 au lieu du 1,1 attendu. À titre indicatif, l’essai prend quelques minutes par câble, tandis que la non-détection peut entraîner plusieurs dizaines de milliers d’euros de reprise.
Erreurs courantes et coûts de production
Erreur 1 : spécifier « RG58 » sans préciser la variante
On l’a vu plus haut : RG58/U, RG58 C/U et RG58 A/U ont des constructions différentes. La variante C/U avec feuille de blindage supplémentaire offre 15-20 dB de meilleure isolation RF, mais coûte environ 30% plus cher. Si vous avez besoin de la protection CEM et que vous spécifiez juste « RG58 », vous recevrez la version standard — sans feuille — et vos essais CEM échoueront. La reprise coûte typiquement 2 à 3 fois le prix du câble initial.
Erreur 2 : utiliser du RG59 en remplacement du RG58 (ou inversement) parce que c’est « en stock »
C’est l’erreur décrite en introduction. Elle se produit quand l’approvisionnement est sous pression et que le service achats substitue une référence disponible. L’impact dépend de la fréquence et de la longueur : en basse fréquence (< 30 MHz) et courte distance (< 3 m), la désadaptation 50/75 Ω est tolérable dans certains cas. Mais en VHF/UHF et au-delà de 5 m, les réflexions deviennent mesurables et les performances se dégradent. Conséquence typique : portée radio réduite de 30 à 50%, ou artefacts vidéo sur les signaux SDI.
Erreur 3 : sertir un connecteur 50 Ω sur du câble 75 Ω (ou inversement)
Le diélectrique interne du connecteur est dimensionné pour une impédance spécifique. Un connecteur BNC 50 Ω a un diélectrique téflon plus fin qu’un BNC 75 Ω. Monter le mauvais connecteur crée une discontinuité d’impédance de quelques mm à quelques cm. En dessous de 100 MHz, l’effet est marginal. Au-delà de 500 MHz, la réflexion peut atteindre 10-15% du signal — soit un ROS de 1,8 à 2,0 localement.
Erreur 4 : ignorer le rayon de courbure minimum en installation
Le RG58 a un rayon de courbure minimum de 10 × diamètre extérieur, soit environ 50 mm. Le RG59, environ 62 mm. En dessous de ces valeurs, le diélectrique se déforme, le conducteur central migre vers le blindage, et l’impédance locale change. Dans un exemple pédagogique, un câble plié à 90° sur un rayon de 15 mm autour d’un profilé aluminium peut présenter une forte hausse d’atténuation au niveau du pli après cyclage thermique. La solution : utiliser des coudes coaxiaux ou des supports de guidage avec le bon rayon.
Erreur 5 : confondre atténuation et puissance admissible
Le RG58 peut supporter ~130 W à 100 MHz, le RG59 seulement ~80 W. Si vous utilisez du RG59 pour une liaison émetteur 100 W vers antenne, le câble ne fondra pas immédiatement — il chauffe, le diélectrique se dégrade lentement, et après quelques mois d'opération continue, l'atténuation augmente progressivement jusqu'à la défaillance. C'est une bombe à retardement. La règle : pour toute application émission > 25 W, vérifier la puissance admissible du câble à la fréquence de travail, avec une marge de 50%.
Tableau de décision : choisir le câble selon l’application
| Application | Fréquence typique | Impédance système | Distance | Recommandation | Alternative si atténuation critique |
|---|---|---|---|---|---|
| Radio VHF/UHF mobile | 30-470 MHz | 50 Ω | < 15 m | RG58 C/U | LMR-195 |
| Radio VHF/UHF fixe | 30-470 MHz | 50 Ω | 15-30 m | LMR-400 | Heliax 1/2" |
| Wi-Fi 2,4 GHz déporté | 2,4 GHz | 50 Ω | < 3 m | RG58 C/U (low-loss) | LMR-195 |
| CCTV composite | 0-6 MHz | 75 Ω | < 300 m | RG59 /U | RG6 |
| Vidéo SDI (HD-SDI) | 1,485 Gbps | 75 Ω | < 50 m | RG6 | Belden 1694A |
| Satellite LNB | 950-2150 MHz | 75 Ω | < 30 m | RG6 | RG11 |
| Test labo RF | DC-3 GHz | 50 Ω | < 2 m | RG58 C/U | Câble semi-rigide |
| Émetteur puissance > 50 W | 30-500 MHz | 50 Ω | Variable | RG214 (double tresse) | Heliax |
Ce tableau montre une réalité inconfortable : pour beaucoup d’applications modernes, ni le RG58 ni le RG59 ne sont le choix optimal. Ils restent pertinents pour les liaisons courtes et les fréquences modérées, mais dès que la fréquence dépasse 500 MHz ou que la distance dépasse 15 m, des câbles plus modernes (séries LMR, Belden, Heliax) offrent de meilleures performances pour un coût souvent comparable.
Comparaison des coûts : le prix d’une spécification erronée
Sur le marché européen en 2026, les prix indicatifs au mètre sont approximativement :
- RG58 /U standard (PVC, tresse simple) : 0,30 à 0,55 €/m
- RG58 C/U (PVC, tresse + feuille) : 0,50 à 0,80 €/m
- RG59 /U standard (PVC, tresse simple) : 0,35 à 0,60 €/m
- RG59 avec gaine LSZH : 0,70 à 1,10 €/m
- LMR-195 (équivalent RG58 amélioré) : 0,80 à 1,30 €/m
- RG6 75 Ω (gaine PVC) : 0,40 à 0,70 €/m
La différence de prix entre RG58 et RG59 est marginale — de l’ordre de 5 à 10%. Le coût de la mauvaise spécification, lui, ne l’est pas. Dans le scénario initial, la reprise peut représenter de l’ordre de plusieurs centaines d’euros par câble, soit plusieurs centaines de fois le prix du câble lui-même, sans même compter d’éventuelles pénalités de retard contractuelles.
Liste de contrôle : 7 points avant de spécifier un câble coaxial
1. Confirmer l'impédance du système — vérifier les fiches techniques de l’émetteur/récepteur et de l’antenne/charge. Si c’est 50 Ω, le câble doit être 50 Ω. Si c’est 75 Ω, le câble doit être 75 Ω. Aucun compromis n’est acceptable.
2. Calculer l’atténuation totale à la fréquence de travail — multiplier l’atténuation linéique (dB/m) par la longueur réelle de câble installé. Si le total dépasse 3 dB, évaluer un câble à plus faible perte.
3. Vérifier la puissance admissible — à la fréquence de travail, avec une marge de 50%. Inclure le facteur de cycle de service si l’émission est intermittente.
4. Spécifier la variante exacte — ne pas écrire « RG58 » mais « RG58 C/U, diélectrique PE solide, blindage tresse + feuille, gaine PVC, conforme MIL-C-17 » (ou la variante appropriée).
5. Assurer la compatibilité connecteur — impédance du connecteur = impédance du câble. Vérifier que le connecteur est disponible pour le type de câble (certains connecteurs SMA n’existent qu’en version 50 Ω).
6. Définir le rayon de courbure minimum en installation — l’inscrire sur le plan de câblage et le plan d’installation. Prévoir des supports de guidage si nécessaire.
7. Exiger un test VNA sur la bande d’utilisation — atténuation d’insertion et ROS, sur chaque câble produit. Le coût est négligeable comparé au risque de non-conformité sur le terrain.
Références
- IPC standards - Flexible électronique
> 📖 Types de connecteurs pour faisceaux de câbles : guide de sélection technique
> 📖 Isolation des câbles : défaillances, matériaux et critères de sélection pour applications sévères
« Je demande toujours trois chiffres avant de valider un coaxial : impédance nominale, atténuation à la fréquence utile et taux de couverture du blindage. En dessous de 85 % de couverture tressée, le câble devient vite vulnérable au bruit dans un atelier industriel. »
FAQ
Q : Peut-on utiliser du RG59 à la place du RG58 en dépannage pour une liaison radio VHF ?
En dépannage uniquement, sur une liaison VHF (< 30 MHz) de moins de 3 m, la désadaptation 50/75 Ω produit un ROS d'environ 1,5:1, soit 4% de puissance réfléchie. C'est acceptable pour un récepteur, mais risqué pour un émetteur dont l'amplificateur final n'est pas protégé contre les réflexions. Ne jamais faire cette substitution sur un émetteur de plus de 25 W.Q : Quelle est la différence d’atténuation entre RG58 et LMR-195 à 1 GHz ?
Le RG58 standard atténue environ 70 dB/100 m’à 1 GHz, tandis que le LMR-195 atténue environ 50 dB/100 m’à la même fréquence — soit 29% de moins. Cette différence provient du diélectrique foam PE du LMR-195 (εr ≈ 1,6) contre le PE solide du RG58 (εr ≈ 2,3). Pour un câble de 10 m’à 1 GHz, cela représente 7 dB contre 5 dB d’atténuation totale.Q : Comment vérifier rapidement si un câble en stock est du RG58 ou du RG59 ?
Mesurez le diamètre extérieur au pied à coulisse : RG58 ≈ 4,95 mm, RG59 ≈ 6,15 mm. Si les deux sont proches, mesurez le conducteur central après dénudage : RG58 ≈ 0,9 mm (multibrin), RG59 ≈ 0,64 mm (massif). En dernier recours, un TDR (Time Domain Reflectometer) indique directement l’impédance caractéristique — 50 Ω ou 75 Ω.Q : Quel câble coaxial choisir pour une installation CCTV extérieure sur 200 m ?
Le RG59 atténue environ 4 dB sur 200 m’à 6 MHz (fréquence vidéo composite), ce qui est acceptable. Mais pour des distances > 150 m’en extérieur, le RG6 est préférable : son atténuation est ~30% plus faible et son diamètre plus grand (6,9 mm) offre une meilleure résistance mécanique. Prévoir une gaine PE résistant UV pour l’extérieur.Q : Le sertissage d’un connecteur BNC sur du RG59 nécessite-t-il un outil spécifique ?
Oui. Le RG59 a un conducteur central massif de 0,64 mm et un diélectrique de 3,66 mm de diamètre, contre un conducteur multibrin de 0,9 mm et un diélectrique de 2,95 mm pour le RG58. L’outil de sertissage (type Daniels DMC ou équivalent) doit être réglé sur la matrice correspondant au câble. Un sertissage avec la matrice RG58 sur du RG59 produit une force d’arrachement inférieure à 5 N, bien en dessous des 15 N minimum requis par IPC/WHMA-A-620 Class 2.Q : Pourquoi les câbles coaxiaux militaires sont-ils souvent désignés par des références SAE AS22759 plutôt que RG ?
La désignation RG (Radio Guide) date de la spécification MIL-C-17, progressivement remplacée par les normes SAE AS22759 depuis les années 2000. Les références RG restent utilisées dans le commerce pour leur simplicité, mais les spécifications SAE définissent des tolérances plus strictes sur l’impédance (± 2 Ω face à ± 3 Ω), l’atténuation et la résistance d’isolement. Pour un projet militaire ou aérospatial, exiger la conformité SAE AS22759 plutôt que la simple mention « RG ».Q : Quel est le coût typique d’un test VNA sur un faisceau coaxial en production ?
En sous-traitance chez un laboratoire accrédité, un balayage VNA (atténuation + ROS) sur une bande de fréquence coûte entre 15 et 40 € par câble, selon la complexité. En production intégrée, avec un VNA dédié et un opérateur formé, le coût tombe à 2-5 € par câble pour un temps de cycle de 1 à 3 minutes. C’est négligeable comparé au coût d’une non-conformité détectée sur le terrain (typiquement 100 à 500 € par câble en reprise).Besoin d'un conseil d'expert ?
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| Paramètre | RG58 | RG59 |
|---|---|---|
| Impédance caractéristique | 50 Ω | 75 Ω |
| Diamètre du conducteur central | 0,9 mm | 0,64 mm |
| Diamètre extérieur (gaine) | 4,95 mm | 6,15 mm |
| Rapport D/d (Blindage/Conducteur) | 3,6 | 6,7 |
| Capacité linéique | 101 pF/m | 67 pF/m |
| Atténuation à 100 MHz (pour 30 m) | 4,5 dB | 3,0 dB |
| Application principale | Radio/VHF (50 Ω) | Vidéo/CATV (75 Ω) |

